Dans son édition de 2003, le rapport Chaos du Standish Group dresse un piètre tableau de la conduite des projets informatiques. Reposant sur un échantillon représentatif de 13 522 applications, cette étude établit que 34 % seulement des projets recensés sont conformes aux prévisions initiales, que 15 % ont été purement des échecs, que 23 % seulement présentent un dépassement des coûts inférieur à 20 % et que la moyenne du dépassement des coûts est de 43 % de la dépense. La perte due au dépassement de coût représente alors plus de 30 % des dépenses.

Ces statistiques peuvent être interprétées de différentes façons selon qu'on les considère avec le point de vue du maître d'ouvrage (MOA) ou avec celui du maître d'œuvre (MOE). Dans le premier cas, elles indiquent une incapacité à sélectionner le maître d'œuvre qui saura réaliser le système souhaité, aux conditions économiques de coût, qualité, fonctionnalité et délai. Dans le second cas, elles indiquent soit une incapacité à faire un devis sérieux des travaux à réaliser pour livrer le système commandé aux conditions fixées par le contrat puis à diriger la réalisation soit une incapacité à dialoguer avec le MOA, ne serait-ce que pour lui expliquer que le système commandé est infaisable aux conditions fixées par le contrat ou, encore, que l'expression de besoin est trop instable ou économiquement mal fondée pour développer quoi que ce soit de solide.

La qualité de la relation MOA/MOE est donc une condition nécessaire au bon déroulement de la transaction entre les différents acteurs qui, le moment venu, permettra d'arrêter le prix du contrat. Ce n'est malheureusement pas une condition suffisante, car les projets informatiques souffrent d'un certain nombre d'impondérables qui rendent leur estimation initiale particulièrement risquée. Pour un bon déroulement, il faut mettre en place une mécanique de gestion de risque permettant l'identification des incertitudes et organiser le projet pour que, le risque une fois détecté et bien compris, soit apportée une solution qui ne mette pas en péril l'équilibre économique du projet. Un modèle d'estimation est donc indissociable des projets pour lesquels il est le centre décisionnel.

Organisé par le Centre pour la Maîtrise des Systèmes et des Logiciels (CMSL) du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), le présent séminaire d'étude, d'une durée d'une journée, a pour ambition d'offrir une réflexion sur l'estimation et la mesure des projets au travers d'un ensemble d'exposés didactiques et de descriptions de retours d'expérience du terrain donnés par des praticiens issus d'entreprises.


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